• Du fond de son âme

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    Erwin Olaf est un artiste bouleversant de sincérité... On l’imagine volontiers superstar, connaissant essentiellement du travail de cet « artiste de la photographie » -comme il se définit lui-même- ses campagnes spectaculaires pour les plus prestigieuses maisons de mode et ses séries choc, exposées dans les galeries d’art autour du monde, où l’hyper-esthétique convoque avec ironie et provocation la satire sociétale.

     

    Erwin Olaf, Ruinart, Light, champagne

     

    Je l’ai rencontré au bar d’un grand hôtel parisien, face au Palais Royal, à l’occasion du montage de son exposition sobrement baptisée « Light », au Carrousel du Louvre. Regard bleu glacier et haute silhouette longiligne sculptée par l’exercice physique, insolite icône dans ce décor désuet. Autour d’un thé, il m’a raconté son nouvel opus, résultat d’un an de travail, réalisé à la demande de la maison de champagne Ruinart, qui poursuit son parcours avec les artistes, initié il y a 120 ans déjà avec l’illustrateur tchèque Alphonse Mucha.

     

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    A mille lieues des mises en scène ultra-léchées aux couleurs souvent saturées auxquelles il nous a habitués, c’est à une lecture intimiste et humaniste des crayères, galeries creusées dans ces anciennes carrières de craie au fond desquelles repose le champagne, qu’Erwin s’est livré. Une singulière série en noir et blanc et en clair obscur, réalisée dans des conditions inédites pour ce familier des « superproductions » : un unique assistant et son cher Hasselblad qu’il manipule depuis 35 ans. « Je venais de terminer une série de mises scène dont les crayères étaient le décor, mais en partant seul à travers les galeries, j’ai changé d’avis, j’ai été happé par la rugosité des lieux. J’ai voulu montrer les marques que ceux qui y travaillent y gravent sur les parois. Des messages, des symboles, des dessins parfois, des griffures, l’érosion aussi ». Autant de signes d’humanité et du temps qui passe, témoins du lent et long travail du champagne accompli dans ces souterrains, et mis en lumière par Erwin, comme Brassai, en son temps, avait révélé la beauté des graffitis sur les murs parisiens en les photographiant dans les années 30.

     

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    Un travail chargé d’émotion et intensément esthétique, proche de l’introspection, qui a donné envie à Erwin de continuer à travailler en noir et blanc, puisqu’il vient d’installer dans son studio d’Amsterdam une chambre noire pour développer ses images. De cette rencontre, il me reste l’image d’un créateur aux références multiples : cinéma, peinture, photographie –de Bourdin à Pasolini, de Visconti aux maîtres italiens et hollandais, de Mapplethorpe à Chabrol-, un artiste sincère qui a laissé une trace dans mon esprit.

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